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Récit fictionnel #16

Nous ne pouvons pas complètement prendre en main notre destin. Il va de soi que les autres ont décidé de m’offrir une nouvelle vie, mais surtout de me couper de mes racines. Pour y arriver, il a fallu conserver le meilleur de mon être et jeter le reste. Ils ont voulu garder de mon exotisme uniquement ce qui pouvait leur être utile. Ce n’est sûrement pas ce que Déméter aurait souhaité. Seulement, ils ont tourné le dos au culte antique de la nature. Et pourtant, nous demeurons un pôle attractif pour combler leur désir matériel. 

Le plus douloureux a également été le plus beau. Je me portais comme un charme sans pour autant avoir conscience de la pureté qui m’entourait. Mon environnement comportait une intensité chromatique de vert qui m’emplissait d’une synesthésie qu’aujourd’hui je n’ai pas perdue.  

J’ai été dépouillé de mon caractère. Ma rudesse, mon aspect brut étaient pour eux un défaut qu’il était nécessaire de faire disparaître. Et quand j’aperçois mon vernis, j’essaie de l’associer aux teintes que les rayons du soleil pouvaient avoir sur mon enveloppe quand ils arrivaient à dépasser les barrières végétales.  

Le jour n’existe plus. J’alterne entre cette minuscule boîte à l’intérieur de velours et les grandes salles éclairées aux projecteurs. Certes, ils nous laissent nous exprimer. J’agis en communion avec mes frères de partitions musicales dont l’épaisseur est un gage de qualité similaire aux tirages de tête. Je sens les doigts du hautboïste s’enfoncer dans mon cadavre et atteindre mon âme. J’ai beau crier de toutes mes forces, la mélodie que je produis est trop belle pour les arrêter car, comme on dit, c’est au fruit qu’on connaît l’arbre.

Venetia

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Journée Portes Ouvertes à la fac !

L’université Rennes 2 ouvre ses portes aux futurs étudiants ! Venez nous rencontrer à cette occasion, nous pourrons discuter avec vous de la formation (et du reste !). Rendez-vous le samedi 8 février 2020, sur le campus Villejean (station de métro Villejean-Universités).

Plus d’informations ici : https://www.univ-rennes2.fr/article/rendez-vous-journee-portes-ouvertes-0

Source : etcoetera.fr

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Dragon Head, de Minetarô Mochizuki

Ce premier tome est un huis-clos à l’ambiance oppressante, angoissante, qui se referme sur le lecteur. Le style graphique fort porte toute l’horreur de la situation. Dragon Head est une réédition dans la collection Pika Graphic, une véritable référence dans le genre du manga catastrophe ! L’avancée de votre lecture laissera s’insinuer en vous les mêmes sensations malsaines d’horreur que l’on peut retrouver dans Sa majesté des Mouches. Impossible de rester imperturbable face à cette fin. Claustrophobie, achluophobie, et plus encore … Accrochez-vous bien …

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Récit fictionnel #15

L’amour de Tintin

Oscar venait d’achever à nouveau la lecture du Lotus bleu, un des albums de son enfance qu’il aimait rouvrir en temps de grave crise existentielle, ou tout simplement lorsque sa psyché tourmentée l’indisposait. Les aventures du reporter avaient toujours nourri des fantasmes chez ce jeune homme pas vraiment encore sorti de l’adolescence, et tout ce qu’il avait entrepris depuis des années avait le dessein dissimulé de le rapprocher des pays d’Orient visités par le héros de Hergé.

A douze ans, persuadé qu’il lui fallait avant toute entreprise adopter un compagnon de voyage, il avait insisté auprès de ses parents pour qu’ils aient un chien. C’était la première fois de sa vie qu’il faisait preuve d’obstination, et sa mère, peu habituée à des caprices de sa part, avait fini par céder face à l’insistant regard bleu pétrole de son fils.

Au lycée, il s’était pris de passion pour la géographie lorsqu’il avait réalisé que cette discipline pouvait étendre son monde jusqu’à ceux de Tintin. Et qu’un simple manuel lui déployait l’intégralité du planisphère – quand bien même la plupart des destinations auxquelles il rêvait ne figuraient pas dans le programme scolaire. Ainsi, cet engouement lui avait fait gravir les hauteurs des pyramides et pénétrer les profondeurs de l’Amazonie, marcher sur les scories de volcans et nager dans les littoraux équatoriaux colonisés par les madrépores et autres coraux exotiques, le tout sans quitter sa chambre. Mais, depuis qu’il était à l’université, des désirs plus profonds l’avaient saisi et, les images ne suffisant plus à calmer ses ardeurs, il commençait à faire des projets de voyage. Cette perspective le mettait dans un état de transe.